Le groupe mené par Yannis Philippakis était à Paris vendredi 15 février 2013 pour un concert privé au Point Éphémère.

19h30, contrairement à ce que la notoriété du groupe aurait pu laisser penser, le quai de Valmy ne déborde franchement pas d’enthousiasme. Communication en circuit fermé, un système d’invitations desservant les téméraires et annihilant les espoirs de marchandage, les fans hardcore de Foals ne sont manifestement pas nombreux à avoir fait le déplacement au Point Éphémère. Tout le monde semble plus affairé à débusquer les sources de chaleurs propices à boire un petit verre qu’à faire étalage de sa joie d’être présents ce soir. Bref, l’avant-Foals se révèle un p’tit peu beaucoup trop calme et il va falloir que la bande d’Oxford attaque son set pied aux effets s’ils veulent compter sur la participation immédiate de leur auditoire. D’autant que pour ajouter à l’absence d’ambiance, l’entrée, prévue à 20h, se fait au compte goutte. A mesure de trois personnes par tranches de 30 secondes, on est vraiment pas rendus…

Trente minutes, salle remplie à un tiers et toujours pas de fans à l’horizon. On discute plus qu’on ne se place, les abords de la scène sont délaissés au profit du bar; si ça continue comme ça, l’omniprésent photographe Robert Gil devrait limite pouvoir travailler sans nous faire chier au premier rang. Rare. 45 minutes. Check-up final des roadies. Personne ne bronche. Une heure….

Ça y est ! La salle est comble, les portes se referment, il ne manque plus que le groupe pour que cette soirée puisse, enfin, commencer. Les lumières s’éteignent à leur tour et… Un silence de cathédrale s’empare du Point Éphémère. On ne compte pas plus de trois “woohoos” avant que Foals n’apparaisse sur scène… C’est triste à mourir mais qu’importe, Yannis Philippakis et consorts ne semblent pas pour le moins du monde perturbés par l’accueil que nous leur réservons et entament illico leur set avec Prelude. Titre d’introduction imparable de leur dernier (excellent) album “Holy Fire”, Prelude n’est pas moins efficace en ouverture de live. Le public s’anime peu à peu… On se manifeste timidement… Quand tout à coup ! Break dans le titre ! Les distorsions sont lâchées ! Et la fosse bascule dans une douce euphorie comme prise d’une montée d’acide collective. Imparable qu’on vous dit.

Total Life Forever, Olympic Airways, Miami, Foals à beau faire la promotion d’un nouvel opus, quelques titres familiers ne sont jamais de trop quand il s’agit de faire réagir un public réservé. Et évidemment, ça fonctionne. On retrouve non sans plaisir les sonorités typiques du groupe; ces lignes de guitares saccadés et ces accords pincés ne laissent personne insensible. Ce public qui semblait si enclin à ne faire que regarder ne semble plus pouvoir réfréner son entrain. Le concert est bel et bien lancé.

Sûrement satisfait de son petit effet, Yannis Philippakis prend trop haut ses lyrics sur My Number. Une petite erreur aussitôt corrigée; seule fausse note de ce set pour le moins maîtrisé. C’est que Foals a pris en maturité et si on peut regretter la fureur juvénile qui les caractérisaient naguère sur scène, il faut avouer que ces rythmes plus disco rock, cette fraîcheur positive leur convient bien. Qu’il semble loin le temps où l’on ne pouvait pas affronter une fosse de Foals sans finir aux urgences. On se déhanche plutôt que de se dézinguer, on se sourit au lieu de se se foudroyer du regard, on s’amuse là où autrefois on ne faisait que lutter. Il n’y a pas à dire, ce nouveau visage leur va bien. La bonne humeur qui règne ce soir au Point Éphémère ne peut qu’en témoigner. On prend le temps de savourer l’entracte tout en douceur qu’offre Blue Blood… On se laisse aller… Un peu trop peut être. Yannis Phillippakis semble d’ailleurs en avoir conscience. Et plutôt que de nous entraîner un peu plus encore dans l’abandon d’une Late Night précoce, le bougre nous impose un éveil spirituel avec un petit Gospel dont seul Foals à le secret. Providence est ce soir plus que jamais providentielle.

Conscient que cette subtile entourloupe ne doit pas rester sans suite, Foals nous assène alors un Balloons rageur, dont Yannis Philippakis vient magnifier l’impact en délaissant son micro pour un solo ravageur pleine fosse. L’effet est fulgurant. Le laisser-aller devient lâcher prise et tout le monde pogotte frénétiquement autour du chanteur. Non content de nous régaler musicalement, le groupe gère les variations de tempo de son set à la perfection. Un coup de mou ? On emballe ! On s’emballe, Foals nous calme du planant Spanish Sahara pour mieux nous reprendre au vol au son du survolté Red Socks Pugie. Contraints et forcés, on subit avec délice cet ascenseur émotionnel musical, ravis de se retrouver ainsi à la merci des sautes d’humeur du groupe. Foals est parvenu à transformer radicalement la physionomie de la soirée et ce, avec un naturel des plus déconcertants. Tout simplement brillant.

Le rappel alors, n’est que simple formalité. Le délicat Moon y trouve une place propice, l’efficace Inhaler y est un appel au second souffle; un coup de boost nécessaire pour quiconque espérait tenir le rythme de Two Step Twice jusqu’à la fin. À savoir, à ce stade de la soirée, tout le monde. Et ça ne paraissait vraiment pas gagné. Chapeau.

 

Foals sera en concert le 23 mars au Transbordeur de Lyon, le 25 mars à l’Olympia, le 26 mars à l’Aéronef de Lille. Les cinq musiciens ne devraient pas manquer de festivals où jouer cet été mais ont déjà prévu, au cas où, un Zénith parisien pour le 12 novembre 2013.