Exposition Soutine à la Pinacothèque de ParisAprès deux expositions à la Pinacothèque de Paris (2007, puis 2012), Chaïm Soutine, peintre expressionniste longtemps relégué au second plan de l’histoire de l’art, refait surface au musée de l’Orangerie cet automne. L’occasion de découvrir « ces portraits où la mesure et la démence luttent et s’équilibrent », tels que les décrivait, merveilleusement bien, le marchand d’art Guillaume Marchand.

Un coup de pinceau épais, d’une force incomparable ; une noirceur qui jaillit sur la toile dans une explosion orageuse de couleurs : chez cet immigré d’origine russe, le Paris de l’entre-deux-guerres dégage un mal-être palpable, découpé dans les contours de corps déformés et de regards exorbités. Une rétrospective qui devrait rendre, encore un peu plus, ses lettres de noblesse à un artiste sombre, éblouissant et furieusement moderne. Découvrez cette belle exposition à la Pinacothèque de Paris à partir du 03 octobre 2012 !

Chaïm Soutine, né en Russie à la fin du XIXème siècle a développé précocement une vision et une technique de peinture très particulières en utilisant une palette de couleurs flamboyantes avec expressionnisme. Peu expansif, introverti et secret, Chaïm Soutine n’a tenu aucun journal et n’a laissé que peu de lettres. Le peu que nous sachions de lui provient de ceux qui l’ont côtoyé et des femmes qui ont partagé sa vie.

En effet, Soutine né dans une famille juive orthodoxe d’origine lituanienne, des conditions de vie pénibles pour les Juifs sous l’empire russe. Chaïm (en hébreu, « vie ») est le dixième d’onze enfants. Timide, il se livre peu. Le jeune garçon préfère dessiner au détriment de ses études, souvent des portraits de personnes croisées ou côtoyées. La tradition rabbinique étant très hostile à la représentation de l’homme, le jeune homme est souvent puni. En 1902, il part travailler comme apprenti chez son beau-frère, tailleur à Minsk. Là-bas, à partir de 1907, il prend des cours de dessin avec un ami qui partage la même passion, Michel Kikoine.

Voyant là l’occasion de s’émanciper, Krémègne part le premier pour Paris bientôt suivi par Kikoïne en 1912. Soutine espère fermement les rejoindre. En partant, Chaïm rompt avec son entourage et son passé. De ses travaux réalisés jusque-là, il n’emporte ni ne laisse aucune trace. En arrivant à Paris, Soutine est hébergé à la « La Ruche », une cité d’artistes du quartier du Montparnasse. Il y a là de nombreux peintres étrangers — que l’on désignera bientôt comme l’École de Paris ou l’École juive. Quelque temps après, il s’inscrit à l’École nationale supérieure des beaux-arts, à l’atelier de Cormon, où Kikoïne est élève. Pour subsister, il travaille de nuit comme porteur à la gare Montparnasse. C’est à cette époque qu’il ressent les premières douleurs stomacales ; symptômes consécutifs à des années de privations. Par ailleurs, il est obsédé par les souvenirs morbides de souffrances et de pauvreté de son enfance.

Solitaire, il se tient à l’écart de toutes tendances artistiques et s’installe à la cité Falguière. C’est là que le sculpteur Jacques Lipchitz lui présente Amedeo Modigliani — également réformé car atteint de tuberculose. Modigliani, son aîné de dix ans, lui voue une réelle affection. Si bien, qu’il devient son ami et son mentor. Soutine se partage entre les ateliers de ses amis de « La Ruche » et de Falguière, se rend souvent à Livry-Gargan où Kikoïne vit avec sa femme. Un ancien voisin d’atelier de la cité Falguière lui écrit de Céret, dans les Pyrénées-Orientales et l’invite à venir s’y installer. Soutine, qui a du mal à se faire à la vie parisienne où les étrangers sont dévisagés avec agressivité, accepte avec enthousiasme. Après avoir vécu dans le village et avoir beaucoup peint, Soutine revient à Paris.

Puis il  repart pour Cagnes-sur-Mer où il peint une série de paysages aux couleurs lumineuses. Hanté par des questions de formes et de couleurs, souvent insatisfait de son travail, Soutine renie et brûle un grand nombre de toiles peintes à Céret au cours d’accès de désespoir. La région ne lui plaît pas et il en avise son marchand pour revenir à Paris en 1924. Désormais, il vit confortablement, soigne sa mise, perfectionne son français en lisant beaucoup et se passionne pour la musique de Bach. Il habite près du parc Montsouris et loue un atelier spacieux.  Il ne cesse de peindre. Les animaux écorchés ou éventrés qu’il prend comme modèle sont des visions de son enfance qui hanteront une bonne part de sa peinture, comme la série des carcasses de bœufs et celle des volailles. Les voisins, horrifiés par les cadavres d’animaux qu’il conserve dans son atelier, se plaignent des odeurs qui émanent de son atelier.

Ses tableaux sont maintenant présents dans de prestigieuses collections. En 1929, il peint la série des arbres à Vence lorsque survient la crise économique aux États-Unis. En mars 1932 à 43 ans, il meurt d’une crise cardiaque. De nombreuses oeuvres, un vrai talent : une exposition à voir !