Critique du film The Raid de Gareth EvansPitch :

Jakarta, Indonésie. Dans une ville rongée par la délinquance, l’unité d’élite du sergent Jaka (Joe Taslim) se voit confier la mission d’aller déloger de sa citadelle réputée imprenable, Tama (Donny Alamsyah), le plus redoutable trafiquant du pays. Sous ses ordres, Rama (Iko Uwais), jeune recrue à l’inexpérience inquiétante.

Qu’on soit fan d’action movie ou non, impossible d’échapper au battage médiatique qui entoure actuellement The Raid. La presse internationale l’a d’ores et déjà cultifié épuisant au passage tous les superlatifs existants, à tel point que ce sont maintenant les internautes qui se voient chargés de lâcher leurs commentaires sur les affiches du Blockbuster ; pour peu qu’ils aient à l’esprit quelques mots 2.0 dont les critiques n’auraient pas encore eu connaissance, il serait dommage de s’en priver.

Il n’était pas sorti que The Raid était déjà, pour tout le monde, LE film d’action de l’année.

Pourquoi ? Mais parce que The Raid est un film indonésien, fait suffisamment rare pour être noté et que pour ne rien gâcher, il met, effectivement, une énorme claque à bon nombre de superproductions américaines produites ces derniers temps. L’Indonésie, pays dont on aura jamais vu sortir que deux films en salle chez nous, tient son John McTiernan ! Une mini-révolution culturelle pour nous tous qui ignorions jusqu’alors l’existence d’un cinéma indonésien… Enfin, indonésien, c’est faire-fi d’une petite subtilité qui a son importance. The Raid est une production indonésienne, avec des acteurs indonésiens, tournée en Indonésie par un réalisateur… Gallois, Gareth Evans (Footsteps, Merantau).

Un atout autant qu’un défaut. Si Gareth Evans apporte sa culture du genre, il insuffle à son film une platitude psychologique toute anglo-saxonne : Je suis le gentil, je vais tuer le méchant. Je suis le méchant, je vais tuer le gentil… Voilà, pour le fond. Ok c’est jubilatoire, mais tellement mono-neuronal.

Critique du film The Raid de Gareth EvansRien qu’à voir la façon dont cette équipe « d’élite » aborde sa mission, on comprend tout de suite que leur cerveau ne va pas leur servir à grand-chose pour s’en sortir. Quand d’autres auraient envisagé une telle opération à grand coups de snipers sur les toits soutenant un largage héliporté (A priori, un crime-lord dans une tour, ça se planque pas au rez-de-chaussée) le sergent Jaka et sa troupe fraîchement sortis du bus décident eux de passer, comme un seul homme, par la porte d’entrée. Monter 15 étages grouillants d’occupants tous plus hostiles les uns que les autres, c’est quand même beaucoup plus fun.

Même combat pour la progression dramatique. Simplicité narrative oblige, le nombre des protagonistes se voit vite réduire au strict nécessaire, et les intrigues secondaires sont autant de pauses nécessaires pour préserver le spectateur que de réels cliffanghers.

Rama tombe sur son frère, scénaristiquement sorti de nulle part, malgré quelques flahsback bien inutiles, et dont le lien de parenté n’apporte narrativement rien, si ce n’est un coup de pouce providentiel dans ce chaos ambiant. N’est pas Tsui Hark (Time and Tide) qui veut. Et que dire du discours pseudo-moralisateur sur la corruption en Indonésie ?! Un baron du crime connu de tous qui a son petit hôtel particulier délabré en plein milieu de la ville. On se doute bien que la situation géopolitique du pays doit être plus que daubé. Mais vu le cadre dans lequel on est brutalement plongés et cantonnés, dire qu’on se fout de ce qui se passe dehors est un euphémisme.

Pourquoi tant de haine ?! Mais parce que malgré cela, The Raid est tout simplement dément et que ces inconsistances n’en sont que plus frustrantes. Gareth Evans n’a pas la subtilité nécessaire pour gérer les trames secondaires, et franchement on lui aurait bien suggérer de s’en passer. Car quand il se cantonne à ce qu’il sait faire, qu’il nous impose cette approche primaire que le jeu vidéo a rendu si familier, il est tout simplement époustouflant; au point de réussir à transcender le stade du simple survival pour ne plus offrir qu’une issue à ses protagonistes : un magistral kill them all.

Critique du film The Raid de Gareth EvansMise en scène instinctive, quais animale et découpage d’une justesse incroyable, Gareth Evans fait preuve une intelligence rare dans l’utilisation qu’il fait d’une caméra épaule, masquant avec brio son désagrément inhérent, nous forçant ainsi à une immersion saisissante autant que confortable, à la limite du Third Person Shooter si cher aux gamers. Et que dire des fights ! Et bien tout simplement, qu’on n’avait pas vu chorégraphies aussi remarquablement radicales et brutales depuis des années. Tuer ou être tuer n’a jamais été aussi bien illustré à l’écran d’autant que les acteurs affichent tous une maîtrise martiale absolue et une justesse de mouvement ahurissante, juste quand les cascades. La palme revenant à Yayan Ruhian (l’inquiétant Mad Dog) qui au cours d’un épique combat à trois, climax du genre, fait passer Jean Claude Van Damme pour un phénomène de foire (oui, je sais ne l’était-il pas déjà ?!) et Jet Let pour un danseur contemporain.

L’ensemble est d’une violence inouïe, ultra-efficace et ultra-réaliste, sans détour ni concession, tout simplement jouissif ! Après deux films qui font maintenant figure de coups d’essais maladroits, Gareth Evans affiche ici une progression stupéfiante et une maîtrise insolente des codes du genre, au point de les faire, littéralement voler en éclat.

Gareth Evans livre avec The Raid le film de référence attendu par la génération TPS et le meilleur film d’action de ces dernières années, à deux trames scénaristiques d’un chef d’œuvre absolu du genre.

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