Die Antwoord, le duo fou !Le trio rap-rave sud-africain Die Antwoord est en France ces prochains jours et se produira notamment aux Eurockéennes de Belfort le 30 juin 2012 puis le groupe se produira sur la scène du Bataclan le 6 juillet. Le phénomène barré sud-africain, y défendra leur nouvel album sorti le 7 février dernier.

 Les membres du groupe cultivent leur style « freaks dégénérés venus du fond du bush » alors que leur culture ne fait pas que racler le fond du caniveau afrikaners, loin de là. Vrai phénomène mais aussi passionnant projet de déstabilisation culturelle.

Issus du collectif hip hop MaxNormal.TV, Ninja alias Watkin Tudor Jones, est investi depuis de nombreuses années au sein de la scène rap de son pays. Il est également un performer artistique, un producteur et un satiriste reconnu en Afrique du Sud. Après l’aventure Max Normal, il crée le projet multimédia MaxNormal.TV, une émission arty et décalée dont il sera le présentateur. Il y rencontre Anica The Snuffling, alias Yolandi Visser, initialement choriste dans The Constructus Corporation et assistante sur MaxNormal.TV. Ensemble ils forment Die Antwoord en 2008 avec Justin de Nobrega (DJ Hi-Tek).

Par provocation et goût de la satire, Die Antwoord prône la culture « zef ». Un mélange d’ignorance crasse, de bêtise, de violence et d’obscénité qui règne en maître dans les townships noirs, et surtout chez les blancs pauvres d’Afrique du Sud. Une culture à laquelle bien évidemment le groupe n’adhère pas, comme on le devine à la vision de ses clips dérangés. De l’univers gore-bizarre du cinéma bis, aux expériences raffinées de l’art contemporain, ses vidéos extrêmement connotées visuellement évoquent tout autant le néo-primitivisme du peintre et graffitiste new yorkais Jean-Michel Basquiat que les figures stylisées issues des arts de la rue, de Keith Haring (deux éléments que l’on retrouve dans « Enter The Ninja«  et  »I Fink U Freeky«  avec leurs omniprésents graffitis au dynamisme survolté). Sur « Fok Julle Naaiers« , c’est le surréalisme de Man Ray qui s’impose, avec l’omniprésence de figures dérangeantes et de pauses perturbantes en noir et blanc. Quant à David Lynch, réalisateur que l’on sait, mais aussi photographe et dessinateur, il est partout présent, imposant sa folie et sa passion pour les images troublantes dans tous les clips du trio.

Die antwoordBref, les trois membres du groupe cultivent des ambitions artistiques beaucoup plus importantes Cela se vérifie rapidement puisque dès 2008, les trois Sud-Africains se lancent à l’assaut de la planète média. Enchaînant clips chocs, interviews et auto-promotion, Die Antwoord crée de toutes pièces un culte autour de son projet délirant, avec le succès que l’on sait, puisqu’ils sont aujourd’hui mondialement connus !

Côté musique, les Sud-Africains font le grand écart entre Eminem, Michael Nyman, Buraka Som Sistema, Autechre et Aphex Twin, clamant  leur admiration inconditionnelle pour ces artistes que tout séparent. Détournant les codes vestimentaires et le style des beaufs sud-africains, particulièrement ceux des Afrikaners, le trio est pourtant souvent à la pointe de la mode, parodiant parfois celle-ci, mais imposant également certaines figures de style. La coiffure asymétrique de YoLandi est par exemple reprise par toutes les punkettes d’Europe. Les leggings dorés, les mini-shorts néo-pouf, la coupe au bol de Ninja… tout chez Die Antwoord rappelle ce mix de culture de la rue et d’avant-garde.

Séduire les hipsters du monde entier et amener la culture beauf dans les galeries, tel semble être le crédo de ce groupe hors-norme. Usant de l’argot afrikaan qu’ils brandissent comme un symbole culturel, les membres du groupe se font un plaisir de passer pour les brutes ineptes qu’ils ne sont décidément pas, issues des quartiers durs de Cape Town, une ville qui bât en effet tous les records en matière de criminalité. A ne pas prendre au premier degrés et à écouter sans modération !