Voir la mer - Le vieil homme - ©Sophie Calle - Film 2011 - Courtesy Galerie Perrotin - My Art Agenda L’artiste Sophie Calle, une habituée des sujets sensibles et touchants, expose ses oeuvres à la Galerie Perrotin à Paris. L’exposition ”Pour la dernière et pour la première fois” est magistrale : terriblement touchante. Et d’une rare générosité. Assez loin cette fois-ci des sentiers qu’on lui connaît parfois : ces oeuvres où elle exhibe ou met en scène des moments très intimes.

En effet, pour le projet Voir la mer, Sophie Calle s’est entourée d’une directrice de la photo de renom, Caroline Champetier. Dans un grand espace de pénombre, on y découvre projetés, 3 des 14 films de la série Voir la mer sont projetés. Trois écrans-géants face au visiteur. Un personnage par film. De dos, deux hommes et une femme en foulard face à une plage. Trois turcs qui voient la mer pour la première fois. Qu’importe leur province d’origine, c’est à Istanbul, carrefour de l’Occident et de l’Orient, si proche et si lointaine de nous, mégalopole bordée d’eau et de mers, que l’artiste leur fait ce cadeau.

Voir la mer - Vue de l'expo - Rencontres Arles - ©Sophie Calle - Film 2011 - Courtesy Galerie Perrotin, photo F.  Kleinefenn ©ADAGP - My Art Agenda

Le spectateur est le premier témoin de leur découverte. Car après un petit moment, ils finissent par se retourner face à la caméra. On a tout le loisir et le temps de contempler les réactions de leur visage. Mais tout n’est pas donné non plus comme un livre ouvert. Il y a beaucoup de retenue et une grande part de mystère dans ces visages qui parlent. Il y a de la détresse aussi. On découvre juste à côté les 11 autres films de la série, sur des écrans de plus petite taille. Des adultes. Et des enfants aussi. Turbulents et touchants.

La Derniere Image - L'Aveugle au Divan (2010) ©Sophie Calle - 2011 - Courtesy Galerie Perrotin - My Art Agenda

La troisième pièce est réservée à la série de photos La Dernière Image (2010). Sophie Calle la présente avec ces mots tous simples: “Je suis allée à Istanbul. J’ai rencontré des aveugles, qui, pour la plupart, avaient subitement perdu la vue. Je leur ai demandé de me décrire ce qu’ils avait vu pour la dernière fois”. Pour chaque personnage non-voyant (13 en tout), un petit texte et des photos. Les photos les représentent eux, ainsi que le moment  qu’ils évoquent. L’écrit raconte à la première personne ce dernier souvenir du monde visible. Le tout avec une bande-son lointaine mais bien présente pour qui s’en rend compte : le bruit de la mer.

Beaucoup de coups de coeur avec notamment un chauffeur de taxi qui perd la vue suite à une simple broutille entre conducteurs : il se fera tiré une balle dans les yeux et perdra la vue. Les mots sont aussi poignants que les images et le public passe du texte à l’image constamment en imaginant la détresse de chacun des personnages. 13 destins. 13 manières de perdre la vue. 13 façons de raconter ce moment si particulier.

Après une telle exposition, on ne peut qu’être touché et vraiment profondément marqué par cette exposition. Sophie Calle est une artiste qui sait rendre l’art accessible, compréhensible et vraie. Un vrai privilège de voir le travail de l’artiste qui continue de créer des oeuvres marquantes !

Galerie Emmanuel Perrotin
73 rue de Turenne, Paris 3ème.
Métro Saint-Sébastien Froissart ou Chemin-Vert (L. 8)
Du 8 septembre au 27 octobre 2012.

Voir en même temps au même endroit : l’univers fantastique de l’artiste suédoise Klara Kristalova avec ses sculptures en céramique Wild thoughts. Et dans l’impasse Saint-Claude, les portraits dorés de poètes de l’artiste américain Hernan Bas avec ses Thirty-six Unknown Poets (or, decorative objects for the homosexual home). 

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