Exposition Gerhard Richter au Centre Pompidou de Paris

Ce n’est pas le plus célèbre des peintres, mais Gerhard Richter s’efface volontiers au profit de son art. Ce peintre allemand qui vient de fêter ses 80 ans est reconnu comme l’une des figures majeures de l’art contemporain. Le Centre Pompidou de Parislui rend un bel hommage du 6 juin au 24 septembre 2012 à travers une exposition rétrospective, sa première exposition majeure en France.

Né en 1932 à Dresde en ex-Allemagne de l’Est, Gerhard Richter a suivi une formation classique marquée par le réalisme socialiste. Au début des années 60, il poursuit ses études à l’Académie des Beaux-Arts de Düsseldorf où il se familiarise notamment avec le pop art américain. Marqué également par la guerre et une histoire personnelle mouvementée.

Célèbre pour ses fréquents changements de style – photos-peintures grises et estompées, nuanciers de couleurs géométriques, monochromes gris, paysages aux tons veloutés et subtils ou peintures abstraites aux couleurs extrêmement vives – le public trouvera toujours un style qui lui plaira. Mais ces changements ont un sens, l’artiste s’interroge sur la façon de continuer à peindre au moment où ce mode d’expression est décrié. Il questionne la peinture et ses limites, la réalité tant visible qu’invisible. Cependant, le spectateur peut être surpris par l’étalage de ces cin­quante ans de créa­tion dont le fil rouge demeure la peinture. En effet, quelque 150 pein­tures et sculp­tures sont exposées. Ses oeuvres cara­colent aux enchères mais l’artiste reste encore peu connu du grand public.

Exposition Gerhard Richter au Centre Pompidou de ParisLa pre­mière oeuvre qui figure à son cata­logue rai­sonné est une huile sur toile de 1962, « Tisch« , pré­sen­tée à l’entrée de l’exposition. Richter, qui manie l’appareil photo depuis l’âge de 13 ans, appa­raît sur la scène euro­péenne dans les années 1960 avec ses « photos-peintures ». Ces tableaux sont peints à par­tir de pho­to­gra­phies qu’il prend lui-même ou qu’il choi­sit dans la presse. La photo est agran­die, reco­piée puis frot­tée avec une brosse humide, créant un effet de flou. Avec « Ema » (1966), tableau en cou­leur où sa femme nue des­cend un esca­lier, l’artiste répond à Marcel Duchamp que la pein­ture n’est pas morte, sou­ligne Mme Morineau. Avec ses pay­sages, il se pose en héri­tier de la tra­di­tion roman­tique allemande. Dans les années 1970, l’artiste com­mence à explo­rer l’abstraction. Les « Nuanciers« , ins­pi­rés des échan­tillons de cou­leur des maga­sins de pein­ture, ne sont volon­tai­re­ment por­teurs d’aucun mes­sage. Les mono­chromes gris sur­gissent dans son oeuvre. La décen­nie sui­vante, ses com­po­si­tions abs­traites se font plus lyriques. Couleurs écla­tantes, écla­bous­sures, traits puis­sants lacé­rant les aplats. Simultanément, Richter aborde le thème des Vanités, avec « Crâne » et « Bougie« .

Exposition Gerhard Richter au Centre Pompidou de ParisEn 1988, Richter peint sa série « 18 octobre 1977 » consa­crée à la mort en pri­son des lea­ders de la Fraction Armée Rouge. Mais aussi sa blonde fille « Betty » qui se dérobe, en tour­nant la tête d’un geste gracieux. Dans les années 1990, Richter tra­vaille ses toiles abtraites avec une grande planche en bois et un racloir métal­lique, créant des effets de matière insolite. Parallèlement, il réa­lise des por­traits de sa troi­sième épouse Sabine, en se réfé­rant aux maîtres anciens. « Petite bai­gneuse » (1994) évoque Ingres, « Lectrice » ren­voie à Vermeer. Dans les années 2000, il recom­mence à uti­li­ser le verre avec des Panneaux ver­ti­caux, comme autant de fenêtres sur le monde. Puis se lance un nou­veau défi avec la série « Strip« , faite de grands tirages numé­riques impri­més dont le point de départ est la décom­po­si­tion d’un détail d’une de ses toiles abstraites. Ces styles différents s’enchainent assez mal dans l’exposition, on oscille entre l’envie de tout voir et l’envie de passer à la période suivante. Le public peut se retrouver perdu au milieu de tous ces styles différents et la scénographie de l’exposition ne l’aide pas.

Un artiste complet qui mérite d’être contemplé, admiré et compris : une exposition à ne pas louper pour se faire son propre avis sur les limites de la peinture.