Woody Allen, le bavard

Après Midnight in Paris, entièrement tourné à Paris et qui a connu le succès l’année dernière dans les cinémas de l’Hexagone, Woody Allens’attaque à une autre capitale européenne du cinéma : Rome.

Après avoir tourné également à Londres (Match Point) et Barcelone (Vicky Cristina Barcelona), c’est dans la ville éternelle que le réalisateur new-yorkais fait escale. Très influencé depuis sa petite jeunesse par le cinéma italien, To Rome with Love, une version moderne du Décaméron de Boccace, sort demain dans les salles. Dans un cadre ensoleillé, entre histoires d’amour et quiproquos, Allen marque une première collaboration exceptionnelle avec l’Italien par excellence, Roberto Benigni, accompagné d’Alec Baldwin, Penélope Cruz, Jesse Eisenberg, Ellen Page et lui-même.

Mais pourquoi le réalisateur est-il autant inspiré par les villes et le cinéma européen ?

Tout a commencé à l’âge de seize ans, Woody Allen envoie des histoires drôles à différents chroniqueurs de journaux. Après avoir écrit des sketches pour la télévision et d’innombrables chroniques pour des magazines comme Playboy, il décide en 1961 de monter sur les planches. Il arpente ainsi les cabarets et les plateaux de télévision.

Woody Allen, le bavardPuis, il est remarqué par le producteur Charles Feldman, qui lui propose de réécrire le scénario de Quoi de neuf Pussycat? (1965) puis celui de Casino Royale (1967). A la même période, il remonte Lily la tigresse (1966), un film d’espionnage japonais, en le commentant et en y ajoutant quelques séquences. C’est son premier long métrage. Allen enchaîne en 1969 avec la comédie Prends l’oseille et tire-toi avant de jouer le rôle principal de Tombe les filles et tais-toi d’Herbert Ross. Rares seront les autres cinéastes qui le dirigeront : Martin Ritt (Le Prête-nomGodard (King Lear) ou Paul Mazursky.

En tant que réalisateur, Woody Allen opte d’abord pour un style burlesque et satirique comme l’atteste Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe… sans jamais oser le demander ou encore Woody et les robots, et le grand public voit en lui un petit bonhomme à lunettes d’une épouvantable maladresse. Il s’imposera toutefois grâce à des oeuvres plus personnelles, teintées de mélancolie, mais toujours pleines d’autodérision, comme Annie Hall (Oscar du Meilleur réalisateur et du Meilleur scénario en 1978), et Manhattan (1979), films dans lesquels s’illustre sa première muse, la pétillante Diane Keaton. Le cinéaste ira encore plus loin dans la gravité avec le très bergmanien Intérieurs (1978).

Les années 80 sont marquées par la rencontre avec Mia Farrow, sa nouvelle égérie, qui apparaît dans tous ses longs métrages, de Comédie érotique d’une nuit d’été (1982) à Maris et femmes (1992). Adulé par les cinéphiles européens, le New-Yorkais est très épris de leur culture, puisant son inspiration chez Tchekhov (Hannah et ses soeurs, Oscar du Meilleur scénario en 1987), Dostoievski (Crimes et délits) ou Kafka (Ombres et brouillard).

Woody Allen, le bavardSa rupture avec Mia Farrow fait grand bruit (Allen partageant désormais la vie de la fille adoptive de celle-ci), mais cela n’entame en rien la productivité du cinéaste. S’il retrouve Diane Keaton le temps de la brillante comédie policière Meurtre mystérieux a Manhattan (1993), le réalisateur se plaît à faire appel à de talentueux comédiens de la jeune génération, comme Mira Sorvino, Edward Norton (la comédie musicale Tout le monde dit I love you en 1996) ou Leonardo DiCaprio (Celebrity). La dimension purement comique de ses films (Escrocs mais pas trop, Le Sortilège du scorpion de Jade), s’enrichit souvent d’une réflexion sur la création artistique.

Au milieu des années 2000, une rupture s’opère dans le « système allénien » : le cinéaste abandonne New York pour tourner trois films consécutifs à Londres. C’est d’abord le très noir Match point (2005), avec entre autres la troublante Scarlett Johansson, qui deviendra son actrice-fétiche, puis le plus léger Scoop et enfin Le Rêve de Cassandre, dans lequel il s’intéresse pour la première fois aux rapports entre frères. Woody Allen poursuit son périple européen en situant en Espagne l’action de son film suivant, justement intitulé Vicky Cristina Barcelona (2008) avec toujours Scarlett Johansson mais aussi Javier Bardem et Penélope Cruz.

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnuL’année suivante, le réalisateur retourne dans sa ville fétiche pour les besoins de la comédie douce-amère Whatever Works, portrait d’un cinquantenaire dépressif emmené par un Larry David plus misanthrope que jamais. En 2010, sort dans les salles obscures Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, une énième comédie sentimentale dont il a le secret, avec Josh Brolin, Naomi Watts, Anthony Hopkins, Freida Pinto et Antonio Banderas en tête d’affiche.

Réalisateur profilifique, il tourne en moyenne un film tous les 18 mois, et en 2011 c’est à Paris qu’il pose sa caméra. Dans Minuit à Paris, il suit le parcours d’un couple de jeunes américains en vacances dans la ville lumière. Encore une fois, il s’entoure d’un casting quatre étoiles comprenant Rachel McAdams, Owen Wilson, Marion Cotillard … Comme vous avez pu le remarquer, il est très difficile de parler de l’influence du cinéma européen sur ces oeuvres sans dérouler toute la filmographie du grand cinéaste. Cependant on peut regretter son manque de prix et de reconnaissance par la profession. Est-ce que To Rome with Love va lui apporter la reconnaissance de son talent ? Après tout, il n’est jamais trop tard, non ?