Critique du film

Film d’ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2012, sur le papier l’histoire de The We and the I interpelle : « c’est la fin de l’année, les élèves d’un lycée du Bronx grimpent dans le même bus pour un dernier trajet ensemble avant l’été. Le groupe d’adolescents bruyants et exubérants, avec ses bizuteurs, ses victimes, ses amoureux… évolue et se transforme au fur et à mesure que le bus se vide ». Michel Gondry signe un nouveau film bien loin des précédents : plus intimistes et proche de la réalité. Un vrai changement !

En effet, le réalisateur français a imaginé son film comme un entre-deux, une sorte de récréation pour sortir des structures de production imposantes. Ce projet a permis, par la suite, à l’hyperactif réalisateur de se ressourcer, avant de se confronter à une autre vision (plus européenne) de la méga-production (L’Ecume des jours).

Tournant le plus souvent dans l’urgence et la spontanéité, Michel Gondry se permet de mixer le style « cinéma-guerilla » à ses ambitions expérimentales. Et ça marche. Tiré des expériences vécues par les acteurs (non-professionnels), The We and The I joue de ses influences visuelles. Sa caméra cherche à percer les failles humaines ; il a compris que le montage doit laisser vivre à l’image les accidents créateurs qui se révèlent à travers le jeu des acteurs. Mais par ses cadrages, le choix du casting féminin et ses intertitres malins, c’est l’école new yorkaise des comics underground qui est convoquée. Ce n’est pas la moindre des réussites du cinéaste que d’avoir réussi a créer une certaine homogénéité en usant de partis pris très éloignés. Gondry créateur de forme, c’est une chose entendue, et c’est à cela, souvent, que l’on limite le commentaire de ses films. Mais The We and the I est d’une autre ampleur.

S’il a pensé son film en France, c’est en rencontrant les jeunes de Harlem qu’il a décidé de le tourner aux Etats-Unis. The We and The I est né du même mouvement que son exposition au Centre Pompidou : « L’usine des films amateurs » est la matrice de The We and The I. Le cinéaste a voulu penser son film dans un style Do It Yourself, mais en un mouvement généreux, tourné vers les jeunes des quartiers populaires.  Il y a chez Gondry un besoin évident du collectif, et le groupe, tout autant que la notion de communauté, sont déjà présents dans ses précédents films. Ce qui frappe dès les premiers plans de The We and The I, c’est autant le plaisir de filmer que celui de jouer. Ce road movie en quasi huis-clos se révèle aussi passionnant visuellement que dans ses thématiques, ainsi que dans son travail du son et de la gestion de l’espace.

Critique du film

Gondry réussit quand même à faire rire : certaines scènes où les ados sont tournés en dérision sont très bien écrites et réalisées, d’autres moins…Parfois trop présent, le choix du rap fait également écho à la réalisation do it yourself, dont le hip-hop, légataire du punk (premières amours de Gondry), a fait son cheval de bataille. Cependant le film laisse le spectateur sur sa fin…un peu trop long, divisé en 3 parties peu utiles la fin peut sembler « cliché » voir caricaturale. Pendant 1H30, le film est très plaisant : le réalisateur a su capter toutes les émotions et situations des ados mais à vouloir forcer le trait, certaines scènes en deviennent prévisibles voir ennuyantes. Il faut savoir gratter la couche de légèreté qui recouvre le film, et l’aspect un peu gamin du projet, car The We and The I est quand même un beau film qui donnerait presque envie de rejoindre cette bande d’adolescents dans ce bus à travers le Bronx.