p style= »text-align: justify; »>Critique du film The Impossible de Juan Antonio Bayona

Pour son second long métrage, Juan Antonio Bayona, réalisateur de L’Orphelinat s’éloigne radicalement du registre du fantastique pour exploiter le réel. The Impossible retrace le destin d’une famille prise dans le terrible tsunami qui frappa l’Asie du Sud-Est en 2004, un mélodrame sous fond de catastrophe naturelle qui touche d’abord par sa force visuelle avant de dégouter pour sa déformation du réel complaisant et pathos.

 Une côte dévastée, des centaines de milliers de morts, une catastrophe naturelle d’une rare violence. Ces images, Bayona les reconstituent avec brio dans les premières minutes de The Impossible, parvenant à obtenir un degré de réalisme déconcertant, dont la brutalité est décuplée par les plaies épouvantables des protagonistes. Premier faux pas : la famille qui a inspiré ce long métrage est de nationalité espagnole, mais point d’hispaniques ici puisque Naomi Watts et Ewan McGregor se retrouvent à la tête de cette famille avec 3 garçons émigrée du Japon.

Passé le fracas réaliste, savamment filmé avec une alternance de plans au coeur du torrent et de plans aériens, Bayona se lance dans la broderie des pires poncifs du mélodrame, à renfort de violons et piano hurlant au spectateur de décrocher une larme face au miracle de la survie et de l’entraide. Simple exemple : alors que maman est alitée à cause de ses blessures dans un hôpital bondé, le gentil adolescent se lance à la recherche de survivants dans le bâtiment. Grâce à sa démarche, un enfant retrouve son père ! Quelle joie ! Des gens échappent à la mort et parviennent à se retrouver dans la masse de blessés et corps entreposés dehors !

Le larmoyant calvaire de recherches et de retrouvailles s’étale alors sur plus d’une heure, dont l’indigence et l’agencement parfois ridicule. Le pire se situe dans le regard exclusivement occidental sur ce drame : partout, des touristes pleurent, parlent des leurs, au milieu d’une population asiatique quasiment inexistante, relayée au dernier plan, apportant tant bien que mal une aide à leurs hôtes blessés. Réduire la catastrophe à une expérience individuelle, et par extension, non représentative du réel, est le processus enclenché par The Impossible dès les premières minutes du film : on attache sa ceinture dans l’avion comme si l’on attachait une ceinture de manège. Défaillance de l’attraction, lutte pour la survie, retour au bercail. Ouf, nous sommes sains et saufs ! Pas un mot ne sera accordé aux centaines de milliers de morts engendrés par ce tsunami. The Impossible, une réduction d’échelle associée à un détournement du regard malsain. Un film intense et puissant, certes, mais qui ne déploie qu’une partie de la vérité du drame. Dommage.

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