Critique du film "Take Shelter" de Jeff NicholsApplaudi par la critique, le film Take Shelter de Jeff Nichols n’était pas vraiment attendu en France. Une véritable surprise. Ce long métrage du cinéma indépendant américain est très bien ficelé. L’histoire est simple : Curtis LaForche mène une vie paisible avec sa femme et sa fille, quand il devient sujet à de violents cauchemars. La menace d’une tornade l’obsède. Des visions apocalyptiques envahissent peu à peu son esprit. Son comportement inexplicable fragilise son couple et provoque l’incompréhension de ses proches. Rien ne peut en effet vaincre la terreur qui l’habite…

Le film a remporté quatre prix dont le Grand Prix de la Semaine de la critique, Festival de Cannes 2011 et celui du Festival de cinéma américain de Deauville 2011. Angoissant, terrifiant presque étouffant : le spectateur suit durant tout le film le personnage principal oscillant entre doutes et psychoses. On se pose constamment des questions. Est-il fou ? As-t-il raison ? Ce père d’une petite fille sourde et muette vit avec la peur au ventre et le réalisateur réussit à entrainer avec subtilité les spectateurs dans sa folie. L’acteur Michael Shannon est effrayant dans ce rôle mais il faut surtout noter la performance de l’actrice Jessica Chastain qui, à nouveau , est complètement transformée dans ce role de mère de famille qui est tiraillée entre la surdité de sa fille et la folie de son mari.

On peut même dire que le personnage de Curtis renoue avec la figure du prophète : la folie de sa vision s’accorde avec les dangers qui semblent aujourd’hui menacer l’humanité, du fait même de son intempérance (Melancholia, de Lars von Trier, partagent de toute évidence cette inquiétude). Or cette humanité, Curtis l’incarne au plus haut degré, par la conscience qu’il a de sa propre folie. Son  pathétique combat intérieur est ce qu’il y a de plus émouvant dans le film : tout en essayant de protéger sa famille d’une fin du monde qu’il fantasme, Curtis la mène tout droit à la ruine. Cette ambivalence des sentiments est ressentie tout le long du film et met mal à l’aise le spectacteur : c’est ce qui permet de rendre l’histoire plausible et intense. Bref, un excellent film avec une fin époustouflante !