Critique du film Incendies de Denis Villeneuve

Après avoir été nommé aux Césars 2012 dans la catégorie « Meilleur film étranger », le film canadien Incendies de Denis Villeneuve a été nommé dans la même catégorie aux Oscars 2011, l’occasion de revenir sur un long métrage magnifique. Le film, adapté de la pièce de théâtre de Wajdi Mouawad et de l’histoire de Souha Béchara, mêle tragédie contemporaine et drame familial avec brio !

Incendies, c’est l’histoire de jumeaux (un frère et une sœur, Simon et Jeanne Marwan) qui, à la mort de leur mère, Nawal, apprennent que leur père, qu’ils n’ont pas connu, est vivant et qu’ils ont un frère dont ils ignoraient l’existence. Par l’intermédiaire de deux lettres laissées par Nawal, avec laquelle ils entretenaient des rapports conflictuels, ils sont chargés de partir à la recherche des disparus. Alors que Simon peine à calmer sa colère et se mure dans le silence, Jeanne quitte le Québec pour le Moyen-Orient, sur les traces du passé de sa mère qu’elle va découvrir au gré de son périple.

Des acteurs de talent, une histoire puissante, un contexte intense : tous les ingrédients sont réunis dans ce film pour captiver et créer une tension chez le spectacteur. Cependant, on pourra ainsi regretter quelques (trop) jolis ralentis rythmés par des chansons de Radiohead et une poignée de plans qui évacuent l’horreur qui se joue au profit de la beauté du cadre.

Pourtant, Incendies captive, malgré l’agacement qu’il suscite occasionnellement. D’abord, parce que l’histoire inventée par Wajdi Mouawad est d’une imparable puissance dramatique : avec ses allers-retours temporels entre l’enquête des jumeaux au présent et la quête de la mère dans le passé, le film tient en haleine de bout en bout jusqu’à son dernier acte, vraiment bouleversant. Et surtout parce que l’interprétation ahurissante de Lubna Azabal dans le rôle de Nawal évacue toute réserve sur la partie la plus fragile du film : son jeu, en parfait équilibre entre l’artifice assumé de la scène et l’impossible réalisme du cinéma, est comme la pièce manquante du puzzle qu’est Incendies, le point de jonction entre ses origines théâtrales et sa mutation en objet cinématographique. Le reste du casting n’est pas mal non plus, et l’enquête des deux jumeaux, a priori moins forte, se révèle progressivement au spectateur pour donner au film, dans son dernier tiers, quelques-unes de ses plus belles scènes. Incendies est un paradoxe, et c’est peut-être là sa force.